Sommes-nous tous des zombies sociaux ?

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« The Social Dilemma », le documentaire choc de Netflix portant sur les effets pervers des réseaux sociaux sur la santé mentale, décrit Facebook et les autres plateformes sociales comme le fléau du 21e siècle. Dans ce documentaire, plusieurs anciens hauts dirigeants de Facebook, Google et Twitter nous préviennent des dangers des logiciels, de l’intelligence artificielle, des algorithmes et de la crise existentielle causée par ces organisations manipulatrices.

Ce documentaire frappe fort. Beaucoup des faits exposés sont troublants, voire choquants, pour les utilisateurs des réseaux sociaux. On saisit mieux, après le visionnement, le dicton que j’aime bien reprendre : « si c’est gratuit, c’est toi le produit ».

Mais est-ce vraiment un choc de savoir que les réseaux sociaux nous catégorisent en une série de profils sociaux afin de nous vendre des produits? Est-ce si surprenant de savoir que le but même des plateformes sociales, c’est de nous garder le plus longtemps possible dans leurs interfaces pour que nous consommions leurs données au maximum de notre capacité? N’est-ce pas un fait reconnu que les réseaux sociaux peuvent, dans certains cas, conduire jusqu’à la dépression?

On oublie trop souvent le social dans réseau social

Les réseaux sociaux exploitent notre côté social, notre biologie et notre instinct d’évolution. Avec des cadeaux et un besoin d’approbation comblé, les médias sociaux utilisent nos profils en oubliant trop souvent l’humain derrière l’écran. On calcule les succès sociaux et la valeur des gens en « like », en message, en commentaire, en vue et en partage. On veut voir le chiffre monter de plus en plus. Cette drogue sociale permet de relâcher de la dopamine, qui nous transforme en zombies dépendant des signaux de validation envoyés par des algorithmes qui n’ont rien d’humain.

Malgré toutes les bonnes volontés, comme dans beaucoup de cas de dépendance, le retour à la « réalité » est difficile. On finit par se demander pourquoi la personne d’à côté a plus de vues que nous. Qu’est-ce qu’elle a de plus? Pourquoi elle? Pourquoi pas moi?

Pendant la pandémie de COVID, les réseaux sociaux se sont encore plus infiltrés dans nos vies, ayant souvent été les seuls contacts avec l’extérieur que nous avons eus depuis mars 2020. Cette dépendance pour nos doses de dopamines quotidiennes s’est jumelée à un profond besoin de communiquer avec le monde extérieur. Juste l’instant de crier un « j’existe » bien senti, mais aussi de lire et d’interagir avec les autres personnes qui, comme nous, se sont prises dans les dédales du social.

Contrairement aux encyclopédies ou à Wikipédia, les réseaux sociaux offrent une vérité différente selon la personne qui les consulte. Les plateformes sociales changent la vérité selon nos interactions passées et celles que leurs algorithmes prédisent. Malgré les changements apportés récemment, les réseaux sociaux diffusent encore de fausses nouvelles. Au mois d’avril 2020, le Canada était même devenu un puits sans fond de théories du complot.  

Ces manipulations de la réalité nous divisent. Associées à notre désir d’approbation instantanée, elles causent anxiété et dépressions. Dépréciation, désillusions et désorientations. On voit une augmentation radicale du nombre de préadolescents et d’adolescents qui sombrent dans des dépressions après avoir été « dépendants aux réseaux sociaux ».

Ce n’est pas pour rien que la peinture « Le Cri » (1893) d’Edvard Munch a vu sa popularité bondir sur le Web, fin 2019 et début 2020. On a tous une envie folle de crier, mais nos hurlements se font dans le silence de ces espaces virtuels qui prétendent nous aider à communiquer.

Tous des zombies sociaux

FOMO

Accrochés à nos téléphones intelligents, nous rafraîchissons constamment les différentes plateformes sociales afin de nous assurer de ne pas manquer « la » photo de nos amis et de leur brunch. Le FOMO (fear of missing out) est probablement le premier symptôme du zombie social. Toujours branché, de peur de manquer l’événement majeur des derniers jours sur les réseaux sociaux, l’internaute FOMO manque de temps pour « vivre ». Tête penchée et cou cassé, il regarde son écran de 5 pouces. Pourtant, les récentes études démontrent que, bien que la personne qui abuse des réseaux sociaux soit ultra renseignée, elle n’est en mesure de retenir que 12 % des informations vues. Le trop-plein d’information active la dopamine, mais réduit la rétention factuelle.

Manque de temps

Un lien unit tous les internautes ultras connectés : le manque de temps. On consulte nos messages et nos notifications sociales, pendant le travail, aux pauses, aux toilettes, en regardant un film ou avant de dormir. Les réseaux sociaux cannibalisent notre temps de travail, de repos et de divertissement. En 2020, c’est près de 3 heures par jour, en moyenne, qui sont consacrées aux réseaux sociaux chez le Canadien moyen. C’est plus de 1095 heures par année, soit 91 fois le temps d’écoute de la trilogie du Seigneur des anneaux en version longue.

Une étude américaine qui date de 2019 démontre que 31 % des hommes urinent maintenant assis. Ce n’est pas par manque de masculinité, mais bien par gain en efficacité (merci téléphone intelligent!).

Surconsommation d’information

L’information n’a jamais été aussi disponible que dans les dernières années. Pourtant, la confiance envers les médias et les journalistes est en baisse constante. Alors que 51 % des internautes prennent leurs informations d’une source média non reconnue et que 71 % des internautes consultent la même source d’information au moins 3 fois par semaine, nous pouvons constater que la diversité dans l’information n’est pas facile à assurer. Il est simple pour les sources de « fake news » de joindre un profil psychographique déterminé et de rendre leurs utilisateurs loyaux. Dans une ère où le bruit de l’information est constant, les gens ont tendance à se réfugier auprès des sources d’information qu’ils connaissent et qui les rassurent, en limitant les efforts intellectuels qu’ils doivent déployer pour vérifier les sources et les informations contradictoires.

Le besoin de crier

L’une des grandes forces des réseaux sociaux est de mettre en contact les gens ayant une pensée commune, des profils communs. Les algorithmes ne font pas la différence entre passe-temps et pensées politiques ou sociales. Ainsi, les plateformes telles que Facebook tendent à mettre en contact les gens aux pensées similaires en ne les confrontant pas à des idées alternatives ou à des sources contradictoires. Il devient ainsi facile de crier sur les toits haut et fort son point de vue et de le défendre bec et ongles. C’est encore plus facile quand on voit que plusieurs autres personnes tiennent le même discours et qu’on ne voit pas le revers de la médaille. Le tout jumelé à un anonymat derrière les écrans et à une distanciation de la réalité lors de la pandémie, on obtient un cocktail dangereux. Telle une horde de zombies infectés par la désinformation, les extrémistes du numérique se rassemblent pour transmettre leur infection au plus grand nombre, de façon exponentielle.

Manipulation éthique

Faire de l’argent n’est pas immoral, mais la manipulation de la population l’est. Malgré les changements apportés aux lois et règles en Amérique et ailleurs, on accuse un important retard dans la légifération de ces plateformes sociales. Ces réseaux sociaux doivent s’autoréguler, mais le gouvernement doit être plus réactif, voire préventif, et les utilisateurs doivent s’éduquer sur les outils et sur leurs revers. La société civile se doit de débattre pour une meilleure conscientisation des dommages causés par les médias numériques, mais aussi de leurs bienfaits. Une meilleure éducation de la population sur ce sujet est de mise et une plus grande transparence des entreprises devra venir avec cette éducation. Comme individu, nous avons le droit de dire « non » et de demander aux entreprises de ne plus être traités comme des rats de laboratoire.

Les réseaux sociaux entraînent certains problèmes qui demandent une solution. La réponse n’est pas de détruire les plateformes, mais bien de les réformer. Nous ne pouvons pas « hacker » notre bonheur. Ne devenons pas des zombies technologiques antisociaux. Reprenons le contrôle de nos vies sociales.

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